Histoire de l’école de parachutisme de Bouloc

À une époque où tout va aussi vite que la lumière, il n’est pas inutile de savoir regarder le chemin parcouru pour apprécier tout ce qu’il nous reste à accomplir.

Philippe Faury

Frédy Goguet

Frédy Goguet

Philippe Faury, une des mémoires de Bouloc a rédigé l’histoire de l’école, avec le talent qui caractérise sa plume. Avec l’aide des Vétérans de Gaillac, il a rassemblé des photos illustrant toutes ces années, que Frédy Goguet, fidèle adhérent de notre centre a trié et ordonné.

Cette histoire commence en 1955 et nous mène jusqu’en 1988, année de la création de l’Ecole de Parachutisme Midi-Pyrénées, plus connue aujourd’hui sous le nom de Bouloc.

Ces récits et les photos associées sont enrichis à chaque pépite du passé déterrée ou à chaque nouvel événement majeur.

Les CIC, ancêtres des « para clubs »

Les para clubs se regroupaient au sein de Centres Inter Clubs (CIC) dont ils étaient les seuls membres. Les pratiquants étant adhérents des Para Clubs.

Ils assuraient la formation de base (essentiellement consacrée à l’apprentissage du « roulé boulé » indispensable pour résister au choc du à une vitesse verticale de 5 mètres à la seconde augmenté du déplacement lié au vent).

On distinguait les CIC de premier niveau (Avignon, Limoges, Chalon…) qui étaient les seuls habilités à initier à la chute libre et les autres (dont le CIC Languedoc Pyrénées) qui formaient les élèves en ouverture automatique et assuraient la progression des « chuteurs » après le 2° degré. P1 : maîtrise de la vrille et P2 : dérive.

1955 – Lasbordes : les premiers sauts sportifs

Le 19 novembre 1955 : une première séance de sauts « sportifs » est effectuée à Lasbordes.
L’avion était un « Morane 520 » ( Fieseler Storch Fi 156 utilisé pour remorquer les planeurs ) piloté par M. Collobert. Jean Grivet et Guy Tzifanski en ouverture automatique puis Jean Coupé en ouverture retardée.

 

Le 15 janvier 1956, premier saut (en OA) de Claude Lahille. Le 5 mai 1956 premier saut « couplé » par Jean Coupé et Guy Tzifanski. A l’époque comme on ignorait les principes du « vol relatif », les sauts « multiples » étaient à la mode : Colette Duval et Gil Delamare faisaient des « couplés » lors des meetings. Il y a même eu un « quintuplé » depuis un DC3. En général, la formation entrait rapidement en vrille et la force centrifuge dispersait les participants.

1957 – Lasbordes : CIC Languedoc Pyrénées

Le CIC Languedoc Pyrénées est fondé le 19 octobre 1957 par Jean Gaudron et se développe en 1958 et 1959 à Lasbordes.

Mais des tensions se font jour avec les pilotes qui ne peuvent voler quand des largages sont en cours… Le CIC était tributaire de l’aéro club du Languedoc (dont le président André Hallard disait : « c’est un grand club »). Pendant l’été 1959, le Storch F-BAYH qui servait au remorquage des planeurs et aux largages des parachutistes a été accidenté.

Jean Gaudron était très impliqué dans la création du CIC et il s’y est consacré jusqu’à ses derniers jours. Premier président du centre et président de la ligue jusqu’à sa mort en 1987, il a beaucoup œuvré pour construire le parachutisme civil lors de nos errances entre Gaillac, Gandalou, Agen et enfin Cardenal.

Nous lui devons beaucoup et même tout.

Il ne faut pas oublier les moniteurs du Para Club de Toulouse qui, par le biais de la préparation militaire parachutiste, incitaient les jeunes recrues à venir sauter « dans le civil » : Max Landreau (président), Bernard Gozillon, Jacques Tissier, Joseph Amadio et enfin Claude Massol qui venait de temps à autre sauter à Lasbordes ou à Gaillac.

1960 – Gaillac

Aux premiers jours de 1960, avec son nouveau Storch, le CIC s’est installé sur le terrain de Gaillac : les Fédies. Aéroclub « tranquille » fréquenté par des « indigènes » et quelques notables toulousains…
Président : Roger Barthe (son frère Yvan était commissaire de l’Aéro Club de France)
Chef pilote : Roger Frayssines
Responsable de la mécanique : Eloi Causse.

1962 – CERP Claude Lahille

Le dimanche 29 juillet 1962, le nouvel avion du C.I.C. (un Dragon Rapide) s’écrase. Six personnes (le pilote et cinq parachutistes dont Claude Lahille) sont tuées.

 

Claude Lahille a été le « premier vrai chef de centre » de notre école. Jean Coupé (premier chef de centre dès la création du C.I.C.) avait beaucoup d’activités annexes (meetings) et c’est Claude (une fois sa qualification d’instructeur en poche) qui a assuré l’activité du C.I.C. d’abord à Lasbordes puis à Gaillac.

Notre pilote attitré était Jacques Peffray (vélivole de haut niveau) qui connaissait le Fieseler Storch comme sa poche et nous larguait à 40 km/h… Le Storch décrochait à 30 km/h…!
Le ministère des Transports (notre ministère de tutelle à cette époque) nous a affecté un nouvel avion (de Havilland D.H. 89 « dragonfly ») sur lequel Jacques Peffray a été lâché après seulement trois heures de vol en double commande. Lors de la deuxième séance de sauts avec notre nouvel avion, à la suite d’un décrochage en juillet 1962, le Dragon s’est écrasé tuant six personnes: Claude Lahille, Jacques Peffray et quatre parachutistes.
Il a bien fallu se reconstruire et continuer l’activité lancée par Claude Lahille qui s’y consacrait corps et âme… Claude, a beaucoup compté pour l’école.

 

Le 23 septembre 1962, une manifestation est organisée à Gaillac avec la participation du Dragon de Biscarosse pour souligner notre désir de maintenir notre activité. Jacques Fargues devient chef de centre. Faute d’avion, nous sautons depuis le Stampe de l’Aéroclub et louons un Cessna.

 

Le CIC devient Centre Ecole Régional de Parachutisme Claude Lahille.

Daniel Cid Garcia avait été détaché pendant son service militaire, ainsi que J.P. Pauzat, en tant qu’instructeurs parachutistes à Gaillac. Après le départ de J. Civetta, D. Cid Garcia prend les commandes du Centre qu’il suivra jusqu’à son dernier souffle.

Ultime séance de sauts à Gaillac le 30 avril 1971. Pilote : Noailles.

1971 – L’itinérance

L’été 1971 voit le Centre à Castres-Mazamet ; un stage en septembre sur l’aérodrome de Rodez.

Puis les premiers sauts se font à Gandalou (Castelsarrasin-Moissac) la 3° semaine de septembre.
Nous y resterons jusqu’en décembre 1980.

 

Jean Claude Tuhaud, fidèle parmi les fidèles, rejoint le centre à cette époque et l’accompagnera pendant près de trente ans avec plusieurs casquettes : trésorier, instructeur parachutiste et pilote largueur.

Il fait partie des grands piliers de notre école. Il a même été jusqu’à hypothéquer ses biens pour que le centre puisse acheter un avion…

Fin 1980 : nous quittons Gandalou car les riverains ne supportaient plus les nuisances sonores du Broussard et les vélivoles trouvaient que nous occupions trop d’espace aérien.

1981 – La quête du Graal

L’année 1981 débute à Castres puis continue à Agen la Garenne au mois d’Avril. Le bâtiment qui abritait le para-club d’Agen avait été financé (50 000 francs) par le Centre alors que nous étions encore à Gandalou.

 

Après notre éviction de Gandalou, j’avais proposé à Jean Gaudron de profiter de mes contacts professionnels avec le monde agricole et la SAFER de Tarn et Garonne (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural) pour essayer d’ acheter un terrain où nous implanter de manière stable. Jean avait, lui aussi, envisagé cette option.

Dans un premier temps, la SAFER (qui avait un stock important de terrains sans acheteur) a regardé notre projet avec méfiance. Elle nous a proposé un terrain, du coté de Beaumont de Lomagne, qui avait accueilli un petit aérodrome à l’époque de « l’aviation populaire ». Ce terrain, loin des voies de communication, ne correspondait pas à nos attentes. Par contre, les « indigènes », apprenant que des « gens de la ville » visaient « leurs » terrains ont demandé à la SAFER de leur vendre ses parcelles.

Les étapes du projet en 1982

Du coup, la SAFER a estimé que nos demandes pouvaient l’aider dans ses objectifs. Un nouveau terrain, en triangle avec un bois au milieu, nous a été présenté : Il était à quelques kilomètres de Gandalou ; mais les travaux pour l’aménager auraient été importants. Là encore, les gens du coin , à l’annonce de nos projets, ont oublié leurs bisbilles et la SAFER s’est encore débarrassée de quelques hectares…

1982 – Le dénouement : achat du terrain de Bouloc

Des projets de modification de la zone de protection de l’aérodrome de Toulouse nous ont incité à orienter nos recherches vers le nord du département. Des perspectives étaient possibles du coté de Lauzerte ; mais, là encore, les autochtones étaient divisés. Un voisin, à Cornillas, de Daniel Cid Garcia avait, pendant la guerre, « tenu le maquis » du coté de Lauzerte et de Bouloc. Il a soutenu notre projet. Il est allé rendre visite à ses nombreuses connaissances pour nous présenter et finalement nous avons pu signer l’acte d’achat en février 1982.

L’affaire n’était pas simple : Une « tribu » de « pieds noirs » (12 frères !) visaient des terres que les locaux ne voulaient pas leur céder. La SAFER a acheté, officiellement pour notre compte, tout un tas de parcelles qui lui manquaient puis, grâce une série d’échanges et de cessions a « remembré » les exploitations agricoles et nous a enfin vendu les parcelles dont nous avions besoin. Fin du premier acte.

Le maire de Lauzerte, également Conseiller Général, travaillait à Paris et incitait ses connaissances professionnelles à acheter des résidences secondaires dans son canton. L’annonce de l’implantation d’un « camp de parachutistes » a mis le feu aux poudres. Très vite des rumeurs ont couru : Les « paras » allaient sauter le jour et la nuit, voler les filles et violer les poules (à moins que ce ne soit l’inverse…) : une horde barbare allait déferler sur une campagne paisible…

 

Le bon sens est une des caractéristiques du monde rural : le maire de Bouloc est allé, incognito avec des membres de son conseil municipal, voir à Agen comment, et avec quelles nuisances, fonctionnait l’école de parachutisme. Interrogé, le Sous-Préfet de Castelsarrasin (qui était également coordinateur du « grand chantier » de Golfech et qu’à ce titre je rencontrais souvent) a apaisé les inquiétudes des maires et de leurs administrés : il a suggéré l’établissement d’une « convention » entre l’école et les maires riverains. Jean Gaudron a proposé un « saut de démonstration » pour l’inauguration de la « maison communale » de Bouloc.

C’est ainsi que trois intrépides parachutistes se sont retrouvés le 6 juin 1982 à Bouloc, pour « caler » les altimètres et monter, avec leurs parachutes dans la voiture de Bernard pour rejoindre l’aérodrome d’Agen où nous attendait l’avion. Bernard, brave garçon qui faisait tout avec passion (et quelques fois avec excès), a pris le volant de sa voiture et, le pied au plancher, méprisant avec superbe les différents panneaux routiers qui jalonnaient notre route nous a amené, à tombeau ouvert, jusqu’au terrain d’Agen.

Dans des circonstances analogues, un de mes amis provençaux (faisant référence à la « seconde pression » des olives) disait : « si on m’avait mis des noyaux entre les fesses, j’aurais fait de l’huile ».

Bref, nous avons été soulagés de débarquer entiers à l’aérodrome d’Agen. En arrivant devant le hangar, nous voyons l’avion (Dornier 27) sorti, J. Cl. Tuhaud, pilote, et deux officiers de police qui nous indiquent que : « L’avion, vos parachutes et les maisons, à Bouloc, du maire et des personnes qui ont vendu leurs terrains, sont plastiqués ». A cela, le pilote a répondu qu’il avait fait une visite détaillée de l’aéronef et qu’il n’avait rien trouvé. Comme chacun des sautants (3 du Tarn et Garonne, 1 de Toulouse et 1 d’Agen) avait un parachute personnel, la mise en place d’explosif paraissait peu plausible. Jean Gaudron était en train de déjeuner avec le maire de Bouloc quand un appel du Sous-Préfet relatif au « plastiquage » lui est parvenu. Le maire a décidé de ne pas se laisser intimider par une action qui ne pouvait pas venir de ses administrés. Jean Gaudron a donc signalé à Tuhaud que nous étions libres de sauter ou non.

Après cette réunion et sous l’égide du Sous-Préfet, une « convention » a été signée entre l’école de parachutisme, le maire de Bouloc et les maires des quatre communes riveraines. Le préfet de Tarn et Garonne a annexé cette convention à l’arrêté qui a entériné la création de notre nouvelle implantation.

Le terrain est en friche. Tout est à faire. Des maquettes du hangar principal sont établies.

1984 – Bouloc : déjà les recours en justice

Les opposants, ne trouvant pas sur place les appuis à leur cause, se sont donc tournés vers les tribunaux.

Juillet 1984, après la victoire devant les tribunaux fut organisé un saut sur la zone du futur centre école. Plusieurs décollage depuis AGEN et un premier BBQ le soir, prémices d’une tradition qui perdure, mais qui vit Pech (qui deviendra DT par la suite), être piqué à la gorge par une abeille « opposante ».

 

Participants à cette journée, TUHAUD jean Claude, CID GARCIA, FERRO René, GOGUET Frédy, SURREAU André, DUFFAUD Martine, DUFFAUD Jacques, VIDAL Michel, PECHVERTY Alain, GOUTTEBEL, MOSSUS Michel, ROSCOP Bernard, SERNY Michel, ROUAIX Gilbert, GARRIGUENC Georges, DELBEN Lydia, MENSAH Ayté, COMBALDIEU Bernard, ULMER, LESNE Jean Louis, PANONT Francis.

1986 et 1987 : implantation du chemin d’accès et construction du hangar principal

 

Revue de presse de 1987 :

 

1988 – Ecole de Parachutisme Midi-Pyrénées

Après des années d’itinérance, le CERP Claude Lahille quittera le terrain d’Agen pour s’installer à Bouloc fin novembre 1987.
Le 17 février 1988, le Centre-Ecole Régional de Parachutisme Claude Lahille est renommé Ecole de Parachutisme Midi-Pyrénées.

 

Le 2 avril 1988, les premiers sauts « officiels » sont effectués à Bouloc avec Christian Battedou comme directeur technique.

Une nouvelle aventure commence !

 

Il y avait déjà eu quelques séances de type « meeting » avec des confirmés à plusieurs occasions (inauguration de la salle des fêtes de Bouloc ) ou sur le terrain au mois de Juillet 1984 ainsi que lors du déménagement du matériel stocké à Gandalou et transféré au lieu dit « Cardenal » (Chardonneret en occitan).

L’histoire ne se finit pas là !

Une série de photos permettent de découvrir / redécouvrir les travaux qui ont permis de construire / améliorer l’école, telle que nous la connaissons aujourd’hui : la construction du centre, de 1987 jusqu’à aujourd’hui